top of page

C’est à l’aube ou au crépuscule qu’on entre dans le temps légendaire... Le présent y ressemble enfin exactement au passé. La grande rumeur des choses mortes s’y déploie totalement et réanime les heures révolues.

Nous étions là, fantômes invisibles, dans une assez grande pièce recouverte de tapis et chargée de meubles et d’objets comme pour un inventaire, réunis pour retrouver dans cette brocante des siècles les traces de nos familles disparues. La pièce, vétuste, usée comme ces salles d’apparat qui ont servi à toutes sortes de cérémonies, était assez pauvrement éclairée. Quinquets et lampes à abat-jour laissaient luire dans la pénombre la sourde splendeur des cuivres et des dorures, des bois vernis, des cadres, des tableaux et des faïences.

 

Cette scène liturgique recevait toute sa solennité d’un grand crépuscule qui entrait par deux hautes fenêtres ouvertes et venait s’éteindre dans les miroirs. Un officiant siégeait derrière une table recouverte d’un brocart aux couleurs indistinctes et semblait lire à une femme assise en face de lui les clauses d’un très ancien contrat....

 

Il y avait là quelque chose d’une réunion clandestine, d’une messe tragique dite en l’honneur d’une civilisation menacée. Le grand fleuve des temps anciens allait-il se perdre dans la terre ? la gravité du lieu et du moment était ressentie comme un bienfait, comme si étaient rassemblés enfin tous les éléments qui permettraient la continuité d’un monde bâti par nos ancêtres, avec le sentiment que nous étions sur le point de rejoindre la vérité profonde de notre destin. Rien, jamais, ne pourrait égaler la beauté morale de cet instant.

Le sphinx

  • Pascal VINARDEL

     

    Le sphinx

     

    Huile sur toile

    H. 130 cm ; L. 195 cm

    2014/2015

bottom of page